MAGESI Lundi 28 novembre 2022
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Thème : Choix didactiques
Choix généraux

Rôle de l'enseignant

Le rôle de l'enseignant, ou plutôt les rôles de l'enseignant, sont nombreux et concernent à la fois la gestion de la classe sur un plan pédagogique large (gestion des interactions, de la discipline, etc.) et la gestion sur le plan des savoirs. Il ne s'agit ici que du rôle de l'enseignant dans sa tâche d'enseignement.
Deux des principales hypothèses sur l'enseignement et l'apprentissage sont rapidement présentées ci-dessous, avant de fixer la position prise dans cette ingénierie.

Position dite de "transmission des savoirs"

De la première position, dite rapidement de transmission des savoirs, on peut retenir qu'elle consiste à présenter le savoir aux apprenants dans la version jugée à leur portée et suffisante pour savoir résoudre un certain nombre de problèmes et d'exercices. Les enseignements consistent donc en un cours magistral suivi d'exercices et de problèmes. Cette façon de faire est efficace dans beaucoup de domaines professionnels, elle permet aux sujets de régler des problèmes et exercices ressortant d'un domaine précis. Elle permet d'acquérir des techniques dans des types de tâches répertoriées et précédemment abordées. Elle est souvent une solution de repli pour des élèves en grande difficulté à qui on veut pouvoir "apprendre" quelques algorithmes (nombreuses recherches dans ce domaine). Mais les recherches ont largement prouvé qu'une telle présentation magistrale (ou même maïeutique sous forme de cours dialogué) d'un savoir non problématisé n'était pas garante d'un apprentissage efficace sur le moyen et le long terme, ou d'une possibilité de transfert pour la majorité des élèves.


Position dite "socio-constructiviste"

Une deuxième position, souvent appelée "socio-constructiviste", est née à la suite des travaux de Brousseau (Brousseau 1986 et Brousseau 1988) et consiste à faire construire le savoir par les élèves, en les plaçant dans des situations dites adidactiques (sans intervention de l'enseignant sur le plan du savoir en question), où le savoir visé est l'outil à construire pour résoudre, en groupe, la tâche. Les situations construites sont d'autant plus résistantes que le milieu, système antagoniste de l'élève, permet une validation indépendante de l'intervention de l'enseignant. Cette position a montré ses richesses et ses limites. Richesses pour l'ancrage du savoir, pour le "sens" donné par l'élève au savoir, pour les possibilités de débat et d'argumentation ; limites car de telles situations ne sont pas faciles à construire pour l'ensemble des concepts, sont coûteuses en temps et très difficiles à mener dans des "classes ordinaires" où les synthèses deviennent souvent des transmissions de savoirs pour les élèves les plus en difficulté.


Position d'étayage

Une troisième position a été adoptée, intermédiaire entre la position ci-dessus et la position exposée par Vygotski (Vygotski 1985) et Bruner (Bruner 1983). Le fait de donner aux élèves une tâche un peu difficile qui leur pose problème a été conservé. Cela les motive, leur montre l'origine et/ou l'utilité des savoirs et savoir-faire qui leur sont présentés, leur donne un ancrage de ces savoirs. Le fait de mettre les élèves en activité et de permettre des échanges a également été conservé. Mais le rôle de l'enseignant a été envisagé comme allant au-delà de celui d'institutionnaliser. Il a comme rôle de découper, avec les élèves, une tâche complexe en tâches plus élémentaires dont la résolution est dans la zone de proche développement (Vygotski). Il assume une aide auprès des élèves dans les travaux de groupes, dans les moments collectifs de synthèse et dans les moments individuels. Il peut (il doit) reformuler et/ou corriger l'expression des élèves, trop imprécise, trop ambiguë ; sortir les élèves d'une impasse et leur apporter de nouvelles idées, des outils, des techniques ; apporter une évaluation lorsque le milieu ne peut apporter de validation interne. Dans cette optique, le milieu (dans lequel est inclus l'enseignant) doit être davantage un allié qu'un antagoniste. L' "art" consiste à laisser le temps aux élèves de s'emparer du problème et de cerner les difficultés, et peut-être le temps pour certains de commencer une résolution, tout en évitant une perte de temps et/ou un découragement après trop d'essais infructueux. Le temps ainsi récupéré permet de reprendre la tâche dans d'autres contextes et/ou de faire des exercices. Didacticiens et enseignants savent que, de toute façon, l'apprentissage ne coïncide pas avec l'enseignement.

L'hypothèse est donc celle d'une construction de connaissances par l'élève avec un étayage important du maître.
C'est pour ces raisons que les fiches de préparation sont présentées avec les tâches à donner aux élèves et les bilans auxquels il est souhaitable d'arriver, mais en indiquant aussi dans des commentaires les difficultés possibles/probables des élèves et les aides à leur apporter. Il est cependant facile à l'enseignant de limiter, s'il le désire, ses interventions dans la phase de travail des élèves et de se rapprocher de la deuxième position.